Éditorial

À l’école de Pauline-Marie Jaricot

Durant le Carême de 1816, à l’âge de 17 ans, Pauline-Marie Jaricot est bouleversée par un sermon de l’abbé Jean Würtz, vicaire de la paroisse Saint-Nizier de Lyon. Elle brise alors avec ses «habitudes de luxe et d’élégance» en faisant vœu de chasteté et en adoptant le mode de vie des ouvrières. Elle consacre désormais son temps à visiter les pauvres et les malades et à s’occuper de jeunes filles sans emploi. Trois ans plus tard, prenant conscience de la situation critique des Missions étrangères de Paris à la suite de la Révolution française, elle met au point avec des amies, dont quelques ouvrières, un ingénieux système de collecte, qui fait rapidement boule de neige et aboutit à la création de l’Association de la Propagation de la foi, le 3 mai 1822. Le slogan de la collecte est: «De la part de tous, selon les possibilités; à tous, selon les nécessités.» Cette intuition fut reprise par le pape Pie XI lorsqu’il décréta en 1926 que l’avant dernier dimanche de chaque mois d’octobre (le 22 en cette année 2017) serait Journée missionnaire mondiale. Cette journée, devenue le Dimanche missionnaire mondial, invite les catholiques du monde entier à prier et à faire un geste de partage pour les missions. Elle donne aussi l’occasion de faire le point sur la mission.

L’Assemblée des évêques catholiques du Québec a fait cet exercice récemment. Elle a ramassé ses conclusions et proposé un programme en conséquence dans un document intitulé Le tournant missionnaire des communautés chrétiennes (2016). Une bonne préparation au Dimanche missionnaire mondial serait de lire ce texte disponible dans le Web et qui porte bien au-delà des frontières du Québec. On y prend conscience que nos Églises se sont trop crues «à l’abri de toute remise en question», parce qu’elles pensaient que «la christianisation était chose faite». Le tournant missionnaire incite donc à une «conversion des “pratiques de chrétienté” en des “pratiques missionnaires”»; il s’inspire surtout de l’exhortation apostolique La joie de l’Évangile, dans laquelle le pape François prie l’Esprit Saint, «de venir renouveler, secouer, pousser l’Église dans une audacieuse sortie au dehors de soi, pour évangéliser les peuples».

L’idée n’est évidemment pas de reconquérir un terrain perdu. La motivation missionnaire est aux antipodes du désarroi causé par la situation actuelle de l’Église. Elle a plutôt sa source dans l’amour trinitaire de Dieu qui a saisi Pauline-Marie Jaricot, l’a propulsée vers les pauvres — là où on rencontre le Christ — et lui a donné joie et courage jusque dans la mendicité à laquelle l’échec de ses derniers projets l’avait réduite.

Jacques Lison

 

La motivation missionnaire a sa source dans l’amour trinitaire de Dieu qui a saisi Pauline-Marie Jaricot.