Éditorial

Sortir de notre petit monde

En a-t-on pris vraiment conscience? La terrible commotion provoquée par la divulgation des abus de Jean Vanier en février dernier n’a réellement secoué que notre petit monde chrétien. En dehors de ce cercle, le scandale n’a pas fait la une, il est passé quasi inaperçu. Notre société semble devenir indifférente même aux situations croustillantes qui mijotent encore dans la marmite Église.

Au cours du même mois, l’exhortation apostolique post-synodale Querida Amazonia, que le pape François venait de signer le 2 février, ne suscitait à peu près aucune attention, pas même dans les cercles chrétiens. Plus précisément, la diffusion du message pressant de ce texte prophétique fut phagocytée par le constat que le Pape n’avait pas osé ouvrir une brèche dans la loi du célibat sacerdotal. Et l’on doit bien admettre que cette lacune de la dernière partie de Querida en casse l’élan, d’autant plus que le manque flagrant de prêtres, dont les communautés amazoniennes souffrent, aurait offert une occasion en or pour un tel ajustement. Quoi qu’il en soit, la grande prudence du pape François n’a pas empêché ce qu’il semblait appréhender: la polémique sur le célibat a relégué les enjeux fondamentaux de son texte au second plan. Son rêve d’une écologie intégrale, pour relever les défis dramatiques et universels de l’Amazonie, est resté à peu près sans écho.

Cet échec ne serait-il pas le symptôme d’une insensibilité de nos communautés chrétiennes devant la question environnementale? Et cette indifférence ne rejoint-elle pas celle de la société à leur égard que trahit le peu d’écho de l’affaire Vanier en dehors de nos cloisons? L’Église d’ici souffre d’enfermement dans son petit monde qui se réduit comme une peau de chagrin. Bien sûr que la prière, surtout liturgique, et les lumières de la doctrine chrétienne sont essentielles à notre foi. Mais il est particulièrement urgent d’ouvrir les portes et les fenêtres de nos cénacles aux grands tourments et espérances du monde d’aujourd’hui. Voyons-nous, en effet, à quel point l’urgence environnementale mobilise la jeunesse?

Avant de compulser le Catéchisme de l’Église catholique, imprégnons-nous donc de l’exhortation Querida Amazonia que le pape François a écrite dans la foulée de l’encyclique Laudato si’, largement commentée dans les chroniques de l’édition dominicale de Prions en Église sous la rubrique Aujourd’hui, l’environnement. Ces deux textes du Saint-Père se trouvent facilement en furetant dans le site vatican.va. Au nom de l’Évangile et de notre commune humanité, ils nous pressent vigoureusement de quitter notre mode de vie consumériste et individualiste pour engager tout notre être dans «la protection des personnes et celle des écosystèmes [qui] sont inséparables» (Querida Amazonia no 42).

Jacques Lison

 

Il est urgent d’ouvrir les portes et les fenêtres de nos cénacles aux tourments et espérances du monde d’aujourd’hui.