Éditorial

L’hospitalité

LE PREMIER DECEMBRE de cette année tombe un dimanche. Et ce dimanche est le premier de l’Avent. Il ouvre donc la nouvelle année liturgique. À cette occasion, la chronique Parole de Dieu que Pierre Charland signe dans l’édition dominicale de notre Prions en Église frappe juste. Son titre S’habiller le cœur s’inspire de la rencontre avec le renard dans Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry: «Si tu viens n’importe quand, dit le renard, je ne saurai jamais à quelle heure m’habiller le cœur… il faut des rites.» L’Avent est un temps rituel. Il nous prépare à la grande rencontre de Noël. Celle-ci ne sera joyeuse et libératrice que si nous habillons notre cœur comme il faut.

Il y a bien des manières de s’habiller le cœur. La chronique de Pierre Charland en recueille plusieurs dans les lectures du dimanche qu’il commente. Il s’agit fondamentalement d’apprendre à accueillir le Verbe fait chair, de le ramener dans nos vies. D’apprendre l’hospitalité. Le mot hôte désigne tout autant celui qui accueille que celui qui est accueilli. Dans la nuit de Noël, nous serons les hôtes du Verbe et celui-ci sera notre hôte à un point tel que c’est lui qui nous accueillera. Voilà à quoi m’engage le mystère de l’Incarnation! Le Christ vient habiter en moi pour que j’habite de plus en plus en lui.

Si l’Avent nous travaille vraiment, nous serons de plus en plus hantés quelque chose qui provient de l’hospitalité de Noël. Quelque chose qui rend le monde hospitalier, habitable. Qui privilégie la bonté et le partage au détriment de l’accumulation des richesses et des honneurs. Qui fait qu’une société ouvre ses bras et son cœur à l’autre, à l’étranger, au pauvre, au Christ… Si l’Avent nous travaille vraiment, nous serons du côté de ces gens de bonne volonté qui risquent des amendes ou même la prison pour avoir accueilli des réfugiés, leur avoir procuré de l’eau dans le désert du Mexique ou les avoir sauvés de la noyade en mer Méditerranée. Si l’Avent nous travaille vraiment, nous détecterons la détresse de nos voisins et de nos proches qui se blottit parfois à notre porte et appelle notre compassion.

L’hospitalité de Noël nous sauve du côté sombre de l’histoire. Elle nous demande de voir dans le réfugié un être humain plutôt qu’une menace, de juger les gens de notre entourage à ce qu’ils souffrent plutôt qu’à ce qu’ils possèdent. Elle est le lieu où notre société garde son humanité.

Jacques Lison

 

Dans la nuit de Noël, nous serons les hôtes du Verbe et celui-ci sera notre hôte à un point tel que c’est lui qui nous accueillera.