Éditorial

Carpe diem novembre

«Attention en traversant la rue, c’est le mois des morts!» Pour l’enfant que j’étais, cet avertissement, lancé par ma grand-mère, avait le pouvoir de prolonger l’Halloween de quelques semaines. Comme si après la fête des sorcières, les défunts avaient l’autorisation de rester dans le monde pour ramener avec eux, sous terre, les distraits et les imprudents.

Plus tard, j’ai compris la signification chrétienne du «mois des morts». Mais si l’expression a tant marqué la conscience collective, c’est qu’elle exprime une perception partagée bien au-delà de la sphère religieuse. En effet, pour beaucoup d’entre nous, novembre représente la pluie, la grisaille, les journées courtes, la fin du «bel automne des couleurs». La nature semble se recroqueviller, voire dépérir, et notre moral s’en ressent.

Par ailleurs, comme chrétien, j’admets éprouver quelques difficultés à savourer ces ultimes semaines du temps ordinaire: mon esprit est tourné vers l’année liturgique qui point à l’horizon et qui me donnera l’impression de bénéficier d’un nouveau départ. En d’autres termes, novembre me fait parfois l’effet d’un Avent avant l’Avent, une attente de l’attente de Noël.

D’un certain point de vue, cette manière de ressentir novembre prouve que nous sommes insérés dans une trame qui a du sens: le cycle liturgique, qui donne au temps une épaisseur spirituelle inestimable. Il nous fait sentir que la temporalité humaine file en ligne droite, certes, mais aussi, dans un même souffle, en spirale: l’Histoire du salut se rejoue en moi. Et plusieurs fois plutôt qu’une au cours de ma vie.

Cependant, à cette façon de ressentir le temps comme une trame, il faut aussi faire valoir, en contrepoids, un certain art de vivre le moment présent. Un carpe diem. Aujourd’hui n’est pas seulement un jalon vers demain, vers tel objectif, vers la prochaine occasion de réjouissance: aujourd’hui est avant tout un jour unique. Aujourd’hui déploie devant moi tout son éventail de possibles. Dieu m’y fait signe, m’y attend, et si l’on dit avec raison qu’il est patient, il est encore bien davantage «présent»

C’est ainsi que je nous invite à vivre novembre: non pas «au point mort», mais en pleine vitesse, comme des vivants attentifs à ce que notre entourage et la liturgie nous donneront comme occasions de nous rapprocher de Dieu.

Comme inspiration, je n’ai qu’à me tourner vers mon fils de quatre ans: novembre est un mois béni pour lui, car il peut alors, presque chaque jour, sortir ses chères bottes de pluie et sauter à loisir dans les flaques d’eau.

Jonathan Guilbault

Exergue
C’est ainsi que je nous invite à vivre novembre: non pas «au point mort», mais en pleine vitesse.

 
 
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