Éditorial

La présence réelle

ON L’APPELAIT Fête-Dieu. Le calendrier liturgique la nomme solennité du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ. Sa célébration tombe cette année le 6 juin. Elle remonte au 13e siècle. À cette époque, où la pratique de la communion s’était raréfiée, le désir de contempler l’hostie était devenu tel qu’on avait commencé à l’élever après la consécration. La fête du Saint-Sacrement est née dans ce climat, sous l’impulsion de sainte Julienne de Cornillon et de la bienheureuse Ève de Liège. Elle fut instituée le 8 septembre 1264 par le pape Urbain IV. Elle invite à accueillir la présence réelle du Seigneur dans l’eucharistie.

L’expression présence réelle est absente des premiers écrits chrétiens. Mais ceux-ci témoignent de la certitude qu’à sa table, le Ressuscité transmettait aux siens son corps donné et son sang versé, le don qu’il avait fait de lui-même dans sa vie terrestre. Le pain et la coupe étaient plus que des symboles, ils communiquaient réellement aux fidèles réunis la puissance du salut, jusque dans les fibres les plus intimes de leur être et de leurs relations. La communauté chrétienne primitive percevait donc un lien entre les espèces du pain et du vin et le salut donné, mais elle ne précisait pas encore la nature de ce lien. Les traditions catholique, orthodoxe, anglicane et luthérienne diront que le pain est le corps du Christ. Cette définition a suscité beaucoup de travail théologique à travers les siècles. Retenons-en au moins les pistes qui suivent.

La présence réelle n’est pas enfermée dans l’hostie. Elle ne peut se comprendre en dehors du mémorial: «Vous ferez cela en mémoire de moi.» Lorsque les gestes et les paroles de Jésus sont reproduits, la communauté rassemblée reçoit le don pascal que Jésus a fait de lui-même une fois pour toutes et elle s’engage à se laisser saisir et transformer par sa vie donnée.

En particulier, Jésus ne descend pas dans l’hostie. Rien ne change en lui, insiste saint Thomas d’Aquin. La transformation s’opère seulement dans le secret du pain et de la coupe que l’Esprit Saint met en relation spéciale avec le Seigneur. Et sa présence dans ces aliments s’inscrit au cœur d’un faisceau d’autres présences: dans l’assemblée qui prie (cf. Matthieu 18, 20), dans la Parole proclamée, dans le ministre qui préside, dans le cœur des fidèles…

Enfin, ce n’est pas la présence comme telle qui compte, mais son but: la transformation des fidèles par l’Esprit. Saint Augustin d’Hippone (354 — 430) a très justement écrit: «Vous êtes le corps du Christ et ses membres […] Soyez ce que vous recevez. Recevez ce que vous êtes.»

Jacques Lison

 

Ce n’est pas la présence comme telle qui compte, mais son but: la transformation des fidèles par l’Esprit.