Éditorial

LE THEOLOGIEN BELGE Inigo Bocken est surpris par l’intérêt que suscite actuellement la mystique, son domaine de recherche et d’enseignement. Certains de ses étudiants ne sont pas théologiens, ils refusent même d’appartenir à l’Église. Ce sont des gestionnaires, des directeurs d’école, des membres du personnel soignant qui ploient particulièrement sous la complexité de la société. La mystique les fascine, parce qu’elle leur indique une voie qui pourrait leur apprendre à gérer l’impossible, à combler en eux le besoin humain essentiel de contrôler leur existence. «L’essence de la mystique chrétienne, c’est que quelque chose que vous ne maîtrisez pas vous advient, et qui est Dieu lui-même, disent les mystiques» selon Bocken.

Quelque chose nous advient. Ce verbe advenir est l’une des demandes du Notre Père: «Adveniat regnum tuum.» Et sa racine est aussi celle du mot Avent (adventus). Ce qui me porte à considérer l’Avent comme le plus mystique des temps forts de la liturgie chrétienne. La grande annonce de l’Avent, c’est que quelque chose que nous ne maîtrisons pas nous advient. Quelque chose que nous ne maîtrisons pas alors que de plus en plus de signes indiquent de nos jours que nos sociétés sont en train de perdre le contrôle de leur cohésion et de leur avenir: les ravages de la désinformation amplifiée par les médias sociaux et l’inertie face à la crise climatique et environnementale sont particulièrement inquiétants. L’Avent nous appelle à gérer ces impasses. Il nous apprend que l’avenir de notre humanité se joue dans l’acceptation de la complexité des relations humaines et de la fragilité des équilibres qui rendent la terre, notre maison commune, habitable. Vivre l’Avent, c’est accueillir ce qui advient aujourd’hui sans que nous puissions le maîtriser, c’est laisser Dieu être ce qu’il est et nous entraîner toujours plus loin que le lieu où nous pensions l’avoir rencontré.

Dieu s’est manifesté dans l’enfant de Noël. Mais là surtout, il nous déroute. Si notre foi proclame avec le prologue de Jean que son Fils, le Verbe, s’est fait chair, elle aura à apprendre que cela ne fait pas de Jésus un personnage merveilleux au point d’être désincarné. Et si elle découvre plutôt surtout l’humanité exceptionnelle de Jésus, elle stagnera tant qu’elle ne percevra pas la lumière divine pointer et tout transfigurer du plus profond de cette humanité. Notre foi chrétienne grandit nécessairement à partir des limites de l’un de ces deux points de vue. Il importe seulement que la visite à la crèche nous remue assez concrètement pour que la naissance de Dieu dans notre histoire «transfigure nos tourments en douleurs d’enfantement» (Hymne de l’Avent), où la lumière de son règne advient déjà.

Jacques Lison

Dieu s’est manifesté dans l’enfant de Noël. Mais là surtout, il nous déroute.

 
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