Éditorial

L’Évangile de la famille

LE 16 AVRIL 2016, le pape François revenait de sa visite aux réfugiés de l’île grecque de Lesbos avec trois familles syriennes de religion musulmane, en tout douze personnes, qu’il comptait héberger au Vatican. La conférence de presse à laquelle il se prêta dans l’avion fut donc largement occupée par la crise des réfugiés. Mais une question lui fut aussi posée sur son exhortation apostolique post-synodale Amoris Laetitia (19 mars 2016) consacrée à la vie conjugale et familiale. Elle portait sur la petite note 351 en bas de page consacrée au problème des divorcés remariés. Le pape ne cacha pas son impatience. Il répondit: «Lorsque j’ai convoqué le premier Synode, la grande préoccupation de la majorité des médias était: les divorcés remariés pourront-ils recevoir la communion? Et puisque moi, je ne suis pas un saint, cela m’a un peu agacé, et aussi un peu attristé. Parce que je pense: mais ce média qui dit ça, ça, ça, il ne se rend pas compte que ce n’est pas cela le problème important? Il ne se rend pas compte que la famille dans le monde entier, est en crise? Et la famille est la base de la société!»

Cet incident est un signal fort pour la Rencontre mondiale des familles qui aura lieu à Dublin, en Irlande, du 21 au 26 août. L’objectif de cet événement trisannuel, créé par le pape Jean-Paul II en 1994, est de célébrer le rôle de l’Église dans la construction de la famille. Le thème choisi pour la rencontre de cette année est L’Évangile de la famille, joie pour le monde. Il invite à approfondir et à mettre en pratique Amoris laetitia (La joie de l’amour). Cette exhortation est en train de révolutionner la manière dont l’Église exerce son ministère par rapport aux familles. Elle ne change bien sûr pas un iota de la doctrine du mariage, mais elle demande aux pasteurs et aux communautés chrétiennes de revenir à la logique de Jésus qui savait proposer un idéal exigeant tout en privilégiant la «proximité compatissante avec les personnes fragiles» comme la Samaritaine ou la femme adultère (no 38).

L’une des idées fondamentales d’Amoris laetitia est que les familles sont un lieu privilégié que Dieu a choisi pour révéler ses liens avec l’humanité et qu’elles le sont dans leurs situations variées et très concrètes, souvent irrégulières. Cela veut dire que même les familles dont la vie est difficile ou encore très loin de «l’idéal complet du mariage» (no 307) sont appelées en Église à donner au monde la joie d’aimer vraiment.

Jacques Lison

 

Les familles sont un lieu privilégié que Dieu a choisi pour révéler ses liens avec l’humanité.