Éditorial

Désir et goût de Dieu

DANS UN AMUSANT mais très sérieux petit ouvrage — Paraboles et Fariboles (Fayard; 1978) —, Jacques Loew posait cette question: «Comment faire boire un âne qui n’a pas soif? Et comment, toute révérence gardée, donner la soif et le goût de Dieu aux hommes qui les ont perdus? Et qui se contentent du pastis ou du whisky, de la télé ou de l’auto?» Ajoutons aujourd’hui l’internet ou le téléphone intelligent. La seule réponse qui respecte la liberté de cet âne, répondait le père Loew, est de «trouver un autre âne qui a soif… et qui boira longuement, avec joie et volupté, au côté de son congénère. Non pas pour donner le bon exemple, mais parce qu’il a fondamentalement soif, vraiment, simplement soif, perpétuellement soif». Des hommes et des femmes assoiffés de Dieu, concluait-il, sont «plus efficaces que tant d’âneries racontées sur lui».

Cette question m’est revenue en tête au terme de la lecture d’un livre de Jean-François Gosselin qui m’a touché dernièrement. Certes, il est une étude très savante, doctorale, qui s’adresse à un public averti en philosophie ou en théologie. Mais quelques mots de son long titre expriment déjà quelque chose de la soif qu’il voudrait communiquer: Le rêve d’un théologien: Pour une apologétique du désir. Crédibilité et idée de Dieu dans l’œuvre d’Adolphe Gesché (Cerf, 2014). Le regretté théologien en question fut l’un de mes maîtres durant mes études doctorales à Louvain-la-Neuve (Belgique). En retrouvant le contact avec lui par la fréquentation de ce livre, je me rappelle combien il considérait la foi comme une affaire «de désir et de passion», plus que de raison: il nous apprenait à dire je crois plutôt que je sais. Le professeur Gesché nous communiquait au fond sa passion de laisser Dieu être ce qu’il est: non pas «un dieu qui nous fausse […] pauvre projection de nos désirs, autre nous-mêmes», mais le Dieu désirable, qui nous humanise au point que, devant lui, «on désire danser, chanter et prier».»

La lecture de ce livre a distillé en moi cette définition que je vous confie comme un trésor à bonifier en chacune de vos vies: Dieu est l’infini dont la visite me plonge dans une rencontre qui me sort de l’enfermement mortifère sur moi-même, me révèle à moi-même et me rend libre. Trop d’âneries commises et exprimées au nom de Dieu ont brouillé les signes de sa visite. Mais Dieu est tenace et la soif de le rencontrer est irrépressible en l’être humain. Si nous laissons Dieu être Dieu en nous, notre désir et notre goût de lui ne laisseront personne indifférent.

Jacques Lison

 

Dieu est tenace et la soif de le rencontrer est irrépressible en l’être humain.