Éditorial

IL Y A UN AN, personne ou presque ne prévoyait que l’année 2020 allait être si étrange. Début janvier, nous nous souhaitions candidement les vœux habituels de joie, de bonheur et, surtout, de santé. Nous baignions alors dans une certaine innocence, sans nous douter que quelques semaines plus tard, tout allait basculer. Aujourd’hui, en ce début de 2021, nous avons toutes les raisons de nous inquiéter: que nous réservera cette nouvelle année? Le pire serait-il à venir? Quel imprévu à peine imaginable nous tombera dessus?

On ne peut certainement pas se réfugier dans une insouciance aveugle. Mais s’enfermer dans la crainte quant à l’avenir n’est pas souhaitable non plus. La vie, comme l’a cruellement rappelé 2020, est faite d’imprévus, d’arrachements, de renoncements, de chutes, de deuils. Parfois, ça frappe plus fort et plus longtemps que d’habitude, comme ce fut le cas avec la pandémie. Mais ça fait partie de la réalité. Ce n’est d’ailleurs pas d’hier qu’on en a conscience et qu’on y réfléchit, comme en témoigne la Bible de façon éminente. Les Écritures saintes sont parsemées de récits d’épreuves, de luttes, de malheurs subis aussi bien par des individus que par le peuple d’Israël tout entier. En contrepartie, elles retentissent souvent aussi de cet appel au calme: «Ne crains pas!»

Jésus n’hésitera pas à lancer cette exhortation, comme le souligne magnifiquement l’auteure Sylvie Germain: «“Ne crains pas!” Le Christ aura souvent à le dire, aussi bien à des inconnus venus vers lui dans l’espoir d’une guérison qu’à ses disciples pris de panique à chaque manifestation de la divinité de leur maître (ainsi lors de la Transfiguration, ou lorsqu’il apaise la tempête, ou encore marche sur l’eau…). Et, après sa mort, l’ange au bord du tombeau vide, puis le Ressuscité, réitéreront cet appel à la confiance, à la sérénité, doublé d’une incitation à l’audace d’oser penser, agir, vivre autrement, c’est-à-dire libéré de toute peur, de tout préjugé, de tout déterminisme.» («Délivrance», dans La Bible, 2000 ans de lectures, Paris, Desclée de Brouwer, p. 425)

La Bible n’est pas un livre de recettes ou un recueil de solutions pour éviter toute épreuve ou nous libérer comme par magie de nos peurs ou de nos préoccupations. Mais elle constitue une histoire de relèvements, de délivrances et de libérations sur laquelle nous pouvons nous appuyer pour affronter les vents contraires. En guise de vœux pour la nouvelle année, je reprends à mon compte cet appel, à la manière de saint Jean-Paul II au début de son pontificat: Ne craignons pas !

Jean Grou

 

La Bible constitue une histoire de relèvements, de délivrances et de libérations sur laquelle nous pouvons nous appuyer pour affronter les vents contraires.