Éditorial

Cent ans plus tard

«Chat échaudé craint l’eau froide.» J’avoue avoir eu ici ou là de furtives appréhensions au cours des années 14-18 qui s’achèvent. Disons que je me sens soulagé de sentir que l’humanité semble avoir éloigné la possibilité de revivre le cauchemar des années 14-18 du siècle dernier. Le monde va beaucoup mieux que vous ne le croyez! nous assure un livre paru récemment sous ce titre. Son auteur, Jacques Lecomte, y démontre, statistiques et rapports internationaux à l’appui, que la violence a régressé comme jamais sur notre planète, et que la liberté, la tolérance, l’éducation et la santé y ont progressé considérablement depuis ces quinze dernières années.

Il n’empêche que quelques lumières rouges se sont mises à clignoter ces derniers temps, comme les signes avant-coureurs de la fin du monde né de l’euphorie de l’après-Seconde Guerre mondiale. François Brousseau, expert de l’actualité internationale, fait ce constat: «On ne voulait pas y croire, pourtant c’est vrai et il faut s’y préparer: “l’épisode Trump” représente davantage, dans l’histoire de l’Occident et dans l’histoire du monde, qu’une parenthèse sans trop de conséquences… un mauvais moment à passer, en somme…» («Le démolisseur», Le Devoir, 18 juin 2018) Ce bouleversement en cours donnera à ce 11 novembre, cent ans après la signature de l’Armistice, une urgence particulière. Souvenons-nous non seulement des soldats morts au combat, mais aussi de toutes les victimes de la guerre. Mesurons les tragédies que provoquent les dérives populistes et identitaires.

Au milieu de tout cela, un autre souvenir mérite d’être ravivé. Celui d’une prière devenue virale durant la Première Guerre mondiale et qui reste aujourd’hui l’une des plus connues et des plus dites partout dans le monde. Elle est tellement évangélique qu’on l’a très tôt attribuée à saint François d’Assise. En réalité, elle n’a été publiée une première fois qu’en 1912, dans La Clochette, un journal catholique normand. Elle toucha tellement le pape Benoît XV lorsqu’il la découvrit qu’il la fit publier en première page de l’Osservatore Romano du 20 janvier 1916. Dans l’Europe ravagée par la guerre mondiale, il voulait diffuser la voix de la paix. Avec tous les saints et nos défunts que nous commémorons les deux premiers jours de ce mois, imprégnons-nous de cette voix et diffusons-la par le don de tout nous-mêmes: «Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix. Là où est la haine, que je mette l’amour […] Là où est l’erreur, que je mette la vérité […] Là où est le désespoir, que je mette l’espérance […] Que je ne cherche pas tant à être consolé qu’à consoler…»

Jacques Lison

Souvenons-nous non seulement des soldats morts au combat, mais aussi de toutes les victimes de la guerre. 

crédit pour la photo: ©CECC